Histoire de la brigade fluviale, les gardiens de la Seine

La Seine a structuré le développement de Paris et en rythme la vie. C’est pourquoi, très tôt, la Police parisienne s’est attachée à l’encadrement de cet espace singulier.

Les origines : la « brigade » avant 1900

Sous l’Ancien Régime : 

Le prévôt des marchands, chef de la municipalité parisienne, gère l’approvisionnement de la ville et possède la juridiction sur le commerce fluvial. Toutefois, la création en 1667 de la lieutenance générale de Police vient concurrencer ce pouvoir : la police de la pêche, de la santé et de l’environnement dépend désormais de lui.

La police parisienne devient par exemple responsable de la surveillance de la pollution de la Seine par les tanneurs et les mégissiers ; la préparation des cuirs demandait en effet l’utilisation de produits chimiques qui bien souvent étaient jetés dans la Seine.

Cette gestion du fleuve par la lieutenance générale de Police crée un conflit entre l’institution policière et la municipalité. On tente de régler ce conflit en 1700 par un édit qui confie à la municipalité la gestion, à l’intérieur de Paris, de toute infraction commise sur la Seine dans l’acheminement des approvisionnements. Le contrôle de la municipalité se réduit alors à l’espace navigable de la ville, et en partie aux quais, tout le reste relevant de la juridiction du lieutenant général de Police.

En 1800 :

La préfecture de Police voit le jour : ses missions concernant la Seine continuent alors d’évoluer. L’arrêté du 12 Messidor an VIII (1er juillet 1800) confère au préfet de Police la surveillance des rivières, des chemins de halage et des ports parisiens.

Le secours aux noyés revient également à la préfecture de Police. La préfecture de Police aura également la possibilité de remettre des gratifications et des récompenses à ceux qui auront sauvé des personnes se noyant.

Face à l'accroissement des flux et du braconnage, le préfet doit renforcer la sécurité fluviale.

1840 :

Par une ordonnance du 25 octobre 1840 les compétences de l'inspecteur de la navigation sont actualisées. Il est désormais chargé de surveiller les voies navigables, les installations portuaires, les embarcations et de réguler la circulation. Les berges et les quais sont aussi de son ressort, puisque liés à la gestion de l’activité économique et commerciale de la capitale.

1900 : la création de la Brigade fluviale 

La brigade fluviale est mise en place par le préfet de Police Louis Lépine à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. L’objectif est de sécuriser les voies de la Seine lors de l’embarcation sur les bateaux parisiens des 38 millions de badauds venus découvrir le Petit et le Grand Palais, la gare d’Orsay, le pont Alexandre III.

La brigade est placée sous l’autorité de M. Guillemin, inspecteur général de la navigation. Quarante plongeurs gardiens de la paix accompagnés de chiens sont alors employés pour venir au secours des victimes tombées à l’eau.

Louis Lépine installe le port de la police sur des docks flottants derrière la préfecture, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont, avant qu’il soit déplacé devant le 36 quai des Orfèvres.

Toutefois, la création de cette brigade n’a pas pour unique but de sauver de la noyade les Parisiens et les touristes. Elle fait face à de nouveaux dangers et lutter contre les délits : lutter contre le braconnage fluvial.

Les bateaux les transportant le matériel que les denrées alimentaires deviennent la cible de nombreuses attaques et en particulier au début du XXe siècle, celle des « Ravageurs ». Ces bandes très mobiles ont une bonne connaissance du fleuve et de la navigation. Face à cette nouvelle délinquance, la brigade fluviale connaît des mutations techniques et tactiques significatives : elle se dote de moyens téléphoniques, de vélos, de chiens et de bateaux à moteur. Les agents opèrent en civil, se barbouillent le visage de noir, se vêtissent d'habits sombres et élaborent de nouvelles tactiques d'arrestation. Ce n'est qu'avec l'essor de la société de consommation et l'extinction des phénomènes de pénurie que la lutte contre le braconnage diminue à la fin des années 1950.

 

Evolution du matériel

Les bateaux

En 1903, les premières embarcations à moteur sont acquises par la préfecture de Police. La « Mouette » est mise en service en 1903, la « Vigie » en 1904. 

Si ces deux embarcations servaient d'abord à lutter contre le braconnage des "Ravageurs", toutefois de 1904 à 1985, elles ont également permis un grand nombre de sauvetages : personnes tombées dans la Seine, accidents, tentatives de suicides, recherches et récupérations de corps ou d'objets.

Les chiens

Pour aider les policiers agissant sur la Seine, la préfecture de Police va avoir recours dès 1845 aux chiens ; c’est la première fois qu’on les utilise dans la Police avant la création de la Brigade cynophile. Leur mission est de sauver des personnes qui tombent à l’eau. Malheureusement, le résultat n'est pas concluant.

En 1901, Louis Lépine crée un nouveau groupe cynophile composé de Terre-Neuves afin de venir au secours des victimes de submersion. Les chiens sont quotidiennement dressés par les agents de police et sont notamment entraînés à aller récupérer un mannequin dans l'eau. Il est mis un terme à cette expérience peu de temps après, en 1907. 

Les scaphandres

En 1913, des équipements plus modernes apparaissent et la brigade fluviale est officiellement équipée de scaphandres autonomes. Ces scaphandres lourds sont principalement employés l’hiver, pour les plongées de longue durée et pour la récupération d’objets pondéreux. L’utilisation de ce matériel implique donc une spécialisation des agents. Ainsi, des agents de la Brigade fluviale avaient la particularité d’être des plongeurs-scaphandriers.

Dès la fin du XIXe siècle, le scaphandre lourd est utilisé pour des plongées judiciaires (recherche de cadavres) et pour l’inspection des parties immergées des installations fixes et les piliers des ponts. La cabine d’un margotat (ancien bateau de charge) est équipée d’une pompe pour l'alimentation en oxygène du plongeur. Le margotat est déplacé sur le lieu de l’intervention. La tenue est alors étanche, dotée d’un casque relié à l’alimentation en oxygène et équipée de chaussures lestées.

Le scaphandre lourd disparaît dans les années 1970, cédant définitivement la place aux combinaisons d’homme grenouille apparues après la Seconde Guerre mondiale. Ces tenues, plus légères, sont toujours en dotation pour les plongées de courtes durées et les sauvetages.