« Mémoires d’une tragédie » : rencontre avec l’historien Christian Chevandier
Pour son ouvrage intitulé « Mémoires d’une tragédie », édité chez Robert Laffont, l’historien Christian Chevandier a recueilli le témoignage d’une soixantaine de policiers et techniciens intervenus sur les différents lieux des attentats du 13 novembre 2015. Il en a livré une analyse dans Liaisons. Extrait.
Liaisons - Quels sont les thèmes qui sont revenus régulièrement dans ces entretiens ?
Christian Chevandier - Ceux qui ont marqué et que je développe dans le livre sont la vision d’horreur provoquée par l’amoncellement des morts, des blessures de guerre, les corps, la vue et l’odeur du sang, les sonneries des téléphones portables des victimes. Il y a l’idée de leur propre mort, parce qu’affronter des fusils d’assaut avec une arme de poing ou même un fusil à pompe révèle certes un courage exceptionnel, mais n’en est pas moins très dangereux. Logiquement, les policiers du 13 novembre ont pensé à leurs proches, leur ont laissé des messages disant simplement « Je t’aime. » Ils parlent souvent de guerre ; la notion de « scène de guerre » s’est imposée à la place de l’habituelle « scène de crime ». Les bruits ou le silence étaient oppressants, la plupart parlent de l’odeur, du sang, de la poudre.
Liaisons - Mais alors, le métier de policier est-il vraiment particulier ?
Christian Chevandier - Tous les métiers sont particuliers, pourvu que celui qui l’exerce le prenne à cœur. J’ai pu observer, à travers les archives comme historien mais aussi comme témoin, en tant qu’observateur, la très forte cohésion qui existe au sein des équipes, notamment des petits groupes. De véritables amitiés se créent lorsque l’on patrouille régulièrement de nuit ou de jour avec les mêmes compagnons. Et dans les conditions d’exercice des policiers, ou des gendarmes d’ailleurs, il faut être sûr de pouvoir compter sur les collègues, et c’est bien ce qui apparaît dans l’étude que j’ai menée. (…)
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