La gestion de l’impact psychologique des attentats de 2015
Dès le soir des attentats du 13 novembre 2015, pour accompagner les personnes confrontées aux attaques du Bataclan et des terrasses, un poste d’urgence médico-psychologique a été mis en place à la mairie du 11e arrondissement et sur d’autres sites parisiens.
Liaisons a rencontré la psychiatre Gaëlle Abgrall, qui a coordonné l’ensemble des soignants des cellules d’urgence médico-psychologique du SAMU mobilisées durant plusieurs semaines auprès des personnes choquées ou traumatisées par les attentats. Voici un extrait particulièrement vibrant de son témoignage.
Comment avez-vous accompagné les personnes souhaitant être aidées ?
« Notre rôle psychothérapeutique consistait, dans un premier temps, dans un apaisement émotionnel des patients grâce à un travail d’écoute et si nécessaire, un traitement médicamenteux ponctuel. Dans un deuxième temps, on leur expliquait ce qui se passe au niveau neurobiologique quand on est confronté à un tel événement. Nous leur donnions aussi des documents avec des conseils de base pour leur éviter l’aggravation de leurs symptômes. Si besoin, nous les réorientions vers des structures de soin au long cours. »
A quelles particularités avez-vous été confrontée ?
« Je me souviens par exemple d’une jeune femme qui s’était trouvée dans la fosse du Bataclan. Elle m’avait décrit le moment d’intrusion des terroristes. Son compagnon avait été quasiment tué sur le coup et elle l’avait entendu mourir. Mais par automatisme, elle avait fui les lieux et par la suite, avait beaucoup souffert d’un sentiment de culpabilité, pensant ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour le sauver. Sa thérapie a duré plusieurs années, mais elle a fini par s’en sortir et a quitté Paris. »
Quel est votre regard, 10 ans après ?
Dix ans plus tard, lorsque je repense aux personnes qui ont vécu ces événements terrifiants, je me dis que nous avons pu les apaiser. Je me suis impliquée durant plusieurs semaines à la mairie du 11e, où nous avons accueilli plus de 5000 personnes. Je garde un souvenir positif de mon engagement pour soutenir la population ».
Propos recueillis par Liaisons, préfecture de Police.
La CUMP de Paris, un centre névralgique
Psychiatre en poste au SAMU de Paris, le docteur Gaëlle Abgrall est aujourd’hui référente de la CUMP (Cellule d'urgence médico-psychologique) de Paris et des CUMP d’Ile-de-France ainsi que du centre régional du psycho traumatisme Paris Centre et Sud à l’Hôtel-Dieu.
La CUMP de Paris travaille en réseau avec différents hôpitaux et structures associatives aptes à traiter les psycho-traumatismes. La cellule œuvre aussi en liaison avec le Secrétariat général de la Zone de défense et de sécurité (SGZDS) de Paris de la préfecture de Police en tant que composante de la cellule d’accueil des familles (CAF) mise en place lorsque survient un événement de grande ampleur, dans le cadre de la disposition EVENGRAVE.
Des liens étroits existent par ailleurs entre le service de soutien opérationnel psychologique (SSPO) du ministère de l’Intérieur, présent à la préfecture de Police et la CUMP de Paris.
En effet, lorsque des patients suivis par les psychologues de la préfecture de Police nécessitent un traitement au long cours, ils sont parfois orientés vers une CUMP. Réciproquement, il arrive que des policiers choqués par une intervention sensible demandent un accompagnement psychologique au personnel d’une CUMP présente sur site ; celle-ci les redirige alors vers le SSPO, dédié aux personnels du ministère de l’Intérieur.