Échanges avec la sociologue Sarah Gensburger
Le magazine Liaisons a rencontré la sociologue Sarah Gensburger, spécialiste de la mémoire collective, qui a longuement étudié les mémoriaux éphémères du 13 novembre.
Quelles formes prenaient les mémoriaux éphémères ?
Il s’agissait d’espaces situés en général à proximité des tueries, où les gens venaient déposer des messages, dessins, photographies, objets, fleurs, bougies, drapeaux français, etc. et qui n’avaient pas vocation à rester.
Le premier d’entre eux, érigé place de la République en janvier 2015 après les différents attentats survenus ce mois-là, ne jouxtait pas un lieu de tuerie, mais il rassemblait une quantité immense de messages, d’objets et de documents en tous genres, soit très intimes, soit très généraux.
Les mémoriaux éphémères étaient donc des formes d’expression publique des gens par rapport aux attentats. Ils ont existé de janvier 2015 à août 2016.
Qu’exprimaient les messages ?
Une partie d’entre eux soulignaient une proximité géographique avec le quartier des attentats ou avec Paris, quand d’autres se plaçaient plutôt à un niveau national, voire transnational. Par ailleurs, un certain nombre de valeurs étaient mises en avant, en majorité positives, comme la tolérance, le vivre-ensemble ou les droits de l’homme. C’était vraiment de l’ordre du recueillement et du deuil.
Les mémoriaux éphémères n’étaient pas seulement une addition de messages individuels. Ils se répondaient les uns aux autres, créant quelque chose de collectif. Par exemple, quelqu’un avait déposé une sorte de tableau rose avec le mot « LOVE » et d’autres personnes avaient précisé à qui était destiné cet amour-là, ou encore faisaient référence à d’autres attentats qui s’étaient produits ailleurs dans le monde.
Cela créait une forme de solidarité européenne, voire mondiale, autour de certains évènements.
Propos recueillis par Liaisons, préfecture de Police.