Attentats 2015 : quelle trace dans la mémoire ? Rencontre avec l’historien Denis Peschanski

L’article ci-dessous propose en avant-première un extrait du n°130 du magazine Liaisons spécial « 10 ans des attentats de 2015 ».

En écho au documentaire « Des vies en éclats » de Valérie Mamms qui sera diffusé sur France 2 le 3 novembre 2025 à partir du programme de recherche « 13-Novembre » de Denis Peschanski, voici un extrait de l’interview accordée par l’historien au magazine Liaisons.

Liaisons - Vous codirigez, avec le neuropsychologue Francis Eustache, un vaste programme de recherche baptisé « Programme 13-Novembre ». Quels sont ses objectifs et en quoi consiste-t-il ? 

 

Denis Peschanski - Le but est simple et complexe à la fois : il s’agit d’étudier la trace des attentats du 13 novembre dans la mémoire des Français, la mémoire individuelle, celle de tout un chacun, et la mémoire collective. Quand surviennent les attentats du 13 novembre, il nous est apparu comme une évidence, comme une exigence, qu’on devait répondre avec nos armes, celles de la recherche. Convaincus qu’il fallait dépasser les frontières disciplinaires, nous avons initié, le neuropsychologue Francis Eustache et l’historien que je suis, un vaste programme consacré à la mémoire de cet événement qui a profondément impacté l’ensemble de la société française. Le soutien répété de France 2030, le portage scientifique par le CNRS, l’Inserm et l’Université Paris 1, l’association de trente partenaires, le soutien de toutes les associations de victimes, mais aussi de nombre d’institutions, dont la préfecture de Police de Paris, ont permis de grandes avancées.

Je voulais recueillir quelque 1000 interviews 4 fois en dix ans sur la mémoire du 13 novembre. Francis souhaitait mieux comprendre le trouble de stress post-traumatique (TSPT), ce qui a donné l’étude biomédicale REMEMBER et des développements postérieurs, quand il fut décidé de descendre du système nerveux à la molécule, et qu’il s’est agi, par ailleurs, de s’attacher à la transmission et aux mécanismes de résilience chez les enfants de victimes. Le trauma, rappelons-le, c’est la présence du passé dans le présent. Le TSPT se traduit par le surgissement d’images intrusives qui reviennent régulièrement (cf. la définition). Se sont agglomérés aussi une dizaine de sous-programmes en ajoutant ainsi une étude épidémiologique de santé publique, un travail sur les médias, un suivi de l’opinion afin d’approcher la mémoire collective du 13 novembre, un travail juridique sur la notion de victime et les dispositifs d’aide, une étude littéraire sur les récits de fiction et de non-fiction ou encore le monde scolaire face aux attentats de 2015.

C’est donc un programme hors normes qui a été proposé et s’est enrichi année après année ; cela constitue une première mondiale. (…)

 

Le magazine Liaisons numéro 130 est sorti !

 

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