Interview de Christophe Pezron, directeur du LCPP
Les coulisses du déminage à Gare du Nord
Retour sur le déminage de la Gare du Nord et l ’intervention de équipes du LCPP, heure par heure avec Christophe Pezron, directeur du LCPP.
Comment s’est déroulée l’arrivée des équipes sur place ?
Suite à la découverte d’un objet ressemblant à une bombe par un engin de travaux, l’équipe de permanence du LCPP alerte le démineur d’Etat-major vers 4h du matin. Les intervenants arrivent sur place 30 minutes après et constatent qu’il s’agit bien d’une bombe. Son portrait type : une bombe d’aviation anglaise, d’environ 500kg dont 250 kg d’explosifs. En moyenne, les bombes traitées par le LCPP sont d’environ 150 kg !
Comment avez-vous évalué le périmètre de sécurité ?
J’ arrive sur place vers 7h du matin. Entre temps, un seul détonateur a été observé à l’arrière par les équipes. Le dispositif d’amorçage est étudié et la possibilité de désamorçage est confirmée. La solution de faire exploser la bombe dans un trou est avancée, ce qui permet de réduire la taille du périmètre de sécurité. Je propose le principe du périmètre de sécurité au préfet de Police. Sur le terrain, plusieurs effectifs sont à coordonner : les policiers (BAC), les responsables sécurité et trafic SNCF.
Une fois l’accord donnée par le préfet de Police, les policiers procèdent à la mise en place du périmètre sur 500 mètres et à l’évacuation de la zone. Ce processus est assez long, il faut vérifier la sécurité de chacun, des riverains aux usagers de la SNCF, mais aussi fermer le périphérique, stopper le trafic ferroviaire, etc.
Comment la bombe a-t-elle été neutralisée ?
Vers 15h, la bombe est déplacée pour permettre le désamorçage. Celui-ci est mené par deux démineurs du LCPP. Un trou est ensuite creusé pour y placer le détonateur et le faire exploser. Les premiers effectifs sont à 500 mètres.
La bombe neutralisée a ensuite été emmenée sur le site dédié de la sécurité civile à Laon en vue de sa prochaine destruction.
Les missions du LCPP en chiffres
DÉMINAGE
- 30 personnes en charge du déminage, dont 5 dépiégeurs d’assaut qui sont intégrés à la BRI (colis suspect, bombes d'aviation, anciennes munitions...)
- 1500 à 2500 interventions/ an
POLICE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE
- 900 à 1000 enquêtes/an
- 24 personnes de permanence
NRBC
- 50% de l’activité en intervention sur le terrain
- 35% de l’activité en laboratoire pour analyse
- 15% de l’activité autour de l’activité prévention incendie
Focus Innovation
10% de l’activité du laboratoire d’analyse est consacrée à la recherche et l’innovation.
En effet, afin de s'adapter à son environnement et aux nouveaux risques, le laboratoire travaille sur des projets en recherche, développement et innovation que ce soit d'initiative ou en étroite coopération avec de nombreux partenaires. Système de modélisation des foules, dispositif PEIGASE, réalité virtuelle comme outil de formation pour les scènes d'incendie ou d'explosion : les domaines d'application sont nombreux.
Les travaux menés par le laboratoire lui permettent d'avoir une compréhension des grands phénomènes et d'adapter des moyens d'analyse pour être encore plus réactif. "Avant 2020, une analyse de plomb demandait 48h. Aujourd'hui nous la réalisons en 6h" souligne Christophe Pezron.
Avec son nouveau projet d'établissement, ESSOR 2030, le LCPP continue de façonner son avenir pour faire face aux nouveaux enjeux.