DISCOURS DU PRÉFET DE POLICE

Prise d’armes du 13 janvier 2026 - Seul le prononcé fait foi


Il résonne dans cette cour, quelque chose de plus fort que le bruit de nos pas. 
Quelque chose de plus puissant que l’éclat de nos voix.

Une clameur.

Cette clameur nous vient de l’histoire, de ces jours fondateurs d’août 44.

Elle charrie le fracas des armes, les cris victorieux de la Libération, l’élan d’un peuple qui refuse d’abandonner son destin.
Et cet écho nous souffle, aujourd’hui encore, dans cette même cour, un mot, un ordre, une mission.

Servir.

Servir, comme les 167 policiers, morts pour Paris.

Servir, comme les colonnes Alpha et Bravo de novembre 2015.

Servir comme nos camarades tombés il y a tout juste 11 ans, dans les attentats de janvier, et dont la 276e promotion porte le nom : Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet.

Officiers de la 30e promotion, gardiens de la paix de la 276e promotion : cette mission, comme l’ont fait avant vous des milliers de policiers de la PP, vous la faites vôtre aujourd’hui.

En quittant votre école et en rejoignant les rangs de cette grande maison qu’est la préfecture de Police, institution deux fois centenaire, vous vous engagez vous aussi à servir, à veiller, à protéger.

Aujourd’hui, une page se tourne pour vous.

Aux gardiens de la paix, la fierté nouvelle de vous confronter au terrain et de faire vos preuves.

Aux officiers, l’honneur de parfaire votre sens du commandement dans un environnement unique.

Comme vous le découvrirez bien rapidement, à la PP, l’ordinaire prend souvent les dimensions de l’exceptionnel. Il vous faudra donc, dans l’exercice de vos fonctions, faire preuve d’adaptabilité mais aussi de la plus grande exemplarité et ce, quelles que soient vos missions.

Vous rejoignez en effet aujourd’hui différentes directions : la DSPAP, la DOPC, la DPJ, la DRPP. Vos métiers diffèrent, mais une certitude demeure : on ne réussit jamais seul.

C’est avec votre équipier, avec votre collègue, avec votre unité, que vous affronterez les défis de notre temps. Je vous demande donc d’entretenir en toutes circonstances cet esprit de corps qui fait notre force, cette solidarité qui caractérise notre maison et dont le préfet de Police est le garant. C’est ce que vous devez retenir en accrochant à votre épaule la fourragère rouge de la PP.

Oui, en ce jour, la PP devient votre maison. Soyez-en fiers. Soyez-en dignes, à chaque instant.

Car vous serez le premier contact de nos compatriotes avec la Police nationale.

Vous serez son visage.

Là où d’autres passent, vous interviendrez. Là où d’autres regardent, vous agirez.

Votre rigueur protégera les lois de la République.

Votre discernement protégera les droits des citoyens.

Cette responsabilité est immense.

Cet honneur l’est davantage encore.

Officiers, Gardiens de la paix : soyez les bienvenus à la préfecture de Police.

En ce début d’année, je veux aussi m’adresser à l’ensemble de nos agents.

À celles et ceux qui, chaque jour, chaque nuit, veillent sur l’agglomération et la zone de défense et de sécurité.

À nos partenaires — élus, syndicats, militaires, administrations — qui, par leur engagement, forment avec nous un continuum essentiel.

A vos familles, parce que je sais ce qui leur en coûte.

Je leur adresse, à tous, mes vœux sincères de santé, de réussite et de bonheur.

Puisque nous entrons dans cette nouvelle année, je tiens enfin à vous dire quelques mots sur le projet que je porte pour la PP.

Le 22 octobre dernier, j’ai eu l’honneur d’être nommé préfet de Police et d’être installé ici-même, quelques jours plus tard, par le ministre de l’Intérieur.

Ces deux derniers mois, j’ai redécouvert une maison que je connaissais. Une maison que j’avais quittée il y a une dizaine d’années.

Je l’ai retrouvée avec plaisir. Avec émotion. Mais sans surprise. 

Ces semaines n’ont été qu’une confirmation de ce que je savais déjà : la préfecture de Police sait faire face à un quotidien très dense et relever les défis les plus inédits. Cette formidable compétence, permise bien sûr par les moyens et le statut dont elle bénéficie, la PP la doit surtout au professionnalisme de ses directions et de ses services, ainsi qu’à la puissance de son modèle intégré – parfois décrié, parfois jalousé, jamais égalé.

Nous pourrions ainsi nous contenter de ce que nous sommes.

Mais j’ai la conviction que nous pouvons faire mieux. Et les Français le pensent aussi. Parce que toutes les raisons sont là. Parce que notre environnement évolue : le contexte international est incertain, la situation budgétaire du pays est contrainte, et la défiance vis-à-vis de l’Etat et de la puissance publique se renforce. Dans le même temps, les nouvelles technologies – intelligence artificielle, drones et cybercriminalité – sont devenus des champs d’action à part entière.

Nous devons faire mieux. Il est de ma responsabilité que nous ayons constamment cette exigence à l’esprit.

Nous ne naviguerons pas à l’aveugle. Les habitants, les travailleurs, les touristes et les usagers de notre agglomération ont des attentes simples, et nous les connaissons. Leur confiance n’est jamais acquise : elle se mérite, chaque jour.

Ils veulent être en sécurité et se sentir en sécurité.
Ils veulent un service public de qualité, adapté et efficace.

À nous d’encore mieux y répondre.

À nous de prouver que l’État est au rendez-vous, qu’il écoute les besoins des citoyens et répond à leurs attentes.

À nous de démontrer l’excellence dont nous sommes capables en matière de sécurité comme de service aux publics.

Pour mener à bien ce travail, nous aurons un cap : excellence, fermeté et proximité. Ce sont les valeurs auxquelles je crois.

Sans excellence, on déçoit. Sans fermeté, on renonce. Sans proximité, on isole.

Ces trois exigences, nous les appliquerons à l’ensemble de nos périmètres et de nos missions. Elles seront valables dans le travail que nous menons pour maîtriser la menace terroriste, toujours élevée. Elles guideront notre lutte implacable contre les narcotrafics comme l’immigration irrégulière. Elles rythmeront notre traitement de la délinquance du quotidien – qui, de la vente à la sauvette à la sécurité dans les transports ou aux comportements incivils et dangereux – exaspère à raison nos compatriotes. Enfin ces trois valeurs animeront notre vision du service aux publics qui sollicitent notre administration.

Quant à notre méthode, elle tient en quatre grands objectifs, dans lesquels vous
aurez chacun un rôle à jouer :

Premier objectif : Nous devrons d’abord conforter le rôle de la PP comme puissance agissant pour la sécurité du quotidien. La PP doit se mettre à hauteur de nos concitoyens pour répondre à l’insécurité vécue ou ressentie. Elle devra établir un contact plus rapproché avec eux, mais aussi une coordination plus étroite avec nos partenaires, qui jouent un rôle déterminant dans le continuum de sécurité. La sécurité n’est pas une promesse : c’est une présence ;

Deuxième objectif : Ensuite, la PP doit résolument se tourner vers l’avenir. Je l’ai dit, je souhaite que nous anticipions les menaces de demain. Cela suppose aussi que la PP augmente son potentiel et son efficience grâce aux nouvelles technologies, dont nous devons enfin pleinement nous saisir. Anticiper, c’est protéger avant que le danger n’apparaisse ;

Troisième objectif : La PP devra par ailleurs être pleinement reconnue
comme un service de proximité. Il nous faut entendre les usagers, en demande d’un service public plus simple et plus efficace, je le disais ; mais également nos propres agents, qui ont eux aussi des attentes très légitimes pour améliorer leur quotidien. Un service public efficace, c’est un État qui tient parole ;

Quatrième objectif : nous veillerons collectivement à ce que la PP continue de rayonner ; qu’elle développe et valorise ses partenariats avec les élus, le monde économique, culturel, et technologique. Qu’elle explique davantage son action et ses histoires parfois méconnues de nos concitoyens. Qu’elle aille vers notre jeunesse pour ancrer nos valeurs et même susciter des vocations.

Préfets, sous-préfets, administrateurs de l’Etat, directeurs, commissaires, officiers, gardiens de la paix, sapeurs-pompiers et agents de la préfecture de Police, la PP ne craint pas le changement. Depuis plus de deux siècles, elle nourrit au contraire une riche tradition d’innovation.

Nous saurons, je n’en doute pas, nous montrer les dignes héritiers de cette histoire.

C’est là ce qu’attendent nos concitoyens et ce qu’exigent nos autorités.

Dans cette cour qui honore nos Anciens, je veillerai à vous rendre compte périodiquement des victoires et des progrès que nous obtiendrons, et des défis qui demeurent.

Voilà quel sera notre cap.

Voilà notre méthode.

Notre force vient de ceux qui nous ont précédés ; notre honneur viendra de ce que nous accomplirons.

Et maintenant : en avant !