L'institut médico-légal de paris

Modifié le 16/10/2014

L’Institut médico-légal de Paris, plus communément appelé IML, rattaché à la direction des transports et de la protection du public, n’est pas un service comme les autres puisque son rôle est d’accueillir la mort.

Accidentelle ou non quand elle survient sur la voie publique, criminelle ou suspecte… elle conduit au 2, place Mazas, dans le 12e arrondissement, le long du quai de la Rapée, dans un imposant bâtiment de briques rouges. En cas de procédure judiciaire, les médecins légistes font parler les corps pour qu’ils livrent leurs derniers secrets.


Mais l’IML est aussi un lieu d’accueil pour les familles des défunts venues rendre une dernière visite à un être disparu.


L'IML à travers les âges


Dès le XIVe siècle, les prisons du Châtelet comportent un dépôt de cadavres dans la « basse-geôle ». Les morts sont entassés et on peut les voir au travers de guichets pour identification. Il faut remonter à 1714 pour retrouver les origines de la morgue parisienne. En ce temps, les corps ramassés dans la rue sont entassés dans les sous-sols de la prison du Grand Châtelet, la « basse-geôle».


Spectacle de foire


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Les visiteurs et curieux se pressent pour tenter d’identifier un mari, un fils, une épouse, ou tout simplement par voyeurisme : « C’était alors un endroit humide, sombre, un réduit infect d’où s’échappaient sans cesse les émanations les plus fétides ; là, les cadavres jetés les uns sur les autres, attendaient que les parents, une lanterne à la main, vinssent les y reconnaître » (Recherches historiques et critiques sur la morgue, par Firmin Maillard, 1860).
Il en fut ainsi jusqu’en 1804, date à laquelle fut bâti un édifice quai du Marché Neuf, sur l’île de la Cité. La morgue prend des allures beaucoup plus organisées : les corps sont préparés, exposés en vitrine, habillés de leurs vêtements. La population défile la journée afin de les observer à loisir et, par la même occasion, tenter une identification. « C’est l'attraction du Tout-Paris, au point de figurer dans des guides de voyagistes étrangers ! Cette technique est aussi favorable aux autorités qui ont bien souvent l’occasion d'arrêter les criminels revenus discrètement observer leurs « trophées ».


« Pendant la majeure partie du XIXe siècle, et depuis une époque plus reculée, l’odeur des cadavres fait partie du quotidien de la Morgue. Par ses obligations et son mode de fonctionnement, la Morgue est le lieu privilégié de la puanteur cadavérique à Paris (…) En effet, les cadavres qui ont séjourné dans l’eau constituent l’ordinaire de la Morgue. Leur putréfaction est particulièrement spectaculaire. » Le miasme sans la jonquille, l’odeur du cadavre à la Morgue de Paris au XIXe siècle, Bruno Bertherat, Imaginaire et sensibilités au XIXe siècle: études pour Alain Corbin, recueil de textes, éditions Créaphis, 2005.


« La Morgue, c'est le Luxembourg, la Place-Royale de la Cité. On va là pour voir les noyés, comme ailleurs on va pour voir la mode nouvelle, les orangers en fleurs, les marronniers qui se rouillent au vent d'automne, le printemps et l'hiver (…) la Morgue est le point central du voisinage : on y court comme à la gazette du matin, et chaque fois c'est une leçon de philosophie… ».

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« Qu'on lave donc bien vite la Cité, qu'on déplace la Morgue. Isolée en un coin de banlieue, elle ne tentera plus les nerfs de personne et son enchantement malsain cessera. Nous n'y verrons plus, comme aujourd'hui, ces puces humaines, ces petits vampires du faisandé qui l'encombrent du matin au soir (….) Car, sous ce hangar sinistre, on enseigne le plus laid mensonge: que la mort est grotesque, quand la mort n'est que pitoyable. Là, on ne la plaint pas, on ne la respecte pas, on l'insulte; on piétine la Torche renversée. Et qui ? Quelques niais curieux, mais aussi et surtout des jeunes filles, et, ce qui est plus grave, des enfants ! ».


Dernière adresse connue


La morgue déménage en 1864 pour s’installer quai de l’Archevêché, derrière Notre-Dame. Par mesure d’ « hygiénisme moral », la morgue ferme ses portes au public sur un décret du préfet Lépine le 15 mars 1907. La presse évoque la fin des expositions publiques de cadavres : « Désormais, l’entrée de la morgue est interdite aux passants non munis d’autorisation spéciale ». En 1913, la morgue de Paris, devient Institut médico-légal et s’établit au 2, place Mazas, dans le 12e arrondissement, le long du quai de la Rapée.


Les chiffres clés


  • 3 000   corps reçus en moyenne chaque année (2919 en 2012, 3227 en 2011 et 2979 en 2010)
  • 2 000 autopsies et 1000 examens externes (examen sans incision)
  • 6 à 9  corps autopsiés chaque jour
  • 43 personnes : un directeur et deux adjoints (également médecins légistes), 6 médecins légistes vacataires, une psychologue clinicienne, deux secrétaires, sept hôtesses d’accueil, vingt-quatre identificateurs (personnels techniques chargés d’identifier et présenter les corps, de les préparer ou de faire la restitution tissulaire), deux adjoints techniques (chauffeurs et coursiers) et quatre agents techniques d’entretien.

Le saviez-vous


Selon le dictionnaire Littré, au XVIe siècle, on utilise le mot « morgue » pour décrire la contenance sérieuse et fière d’une personne. C’est aussi une façon d’évoquer l’orgueil et la suffisance d’un individu : « Cette gravité dont vous morguez les gens avec vos illustres emplois ». (Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand).

Mais ce mot apparaît plus tôt, vers 1500, pour décrire le lieu où l’on identifie les prisonniers : « mettre un prisonnier à la morgue » ; « Endroit à l’entrée d’une prison où l’on tient quelque temps ceux que l’on escroue, afin que les Guichetiers puissent les regarder fixément et les reconnoître » (in Recherches historiques et critiques sur la morgue par Firmin Maillard A. Delahays, 1860 Paris, source BNF).

Les morgueurs sera le nom donné aux guichetiers (gardiens) qui tiennent la morgue. Dans ce sens, le verbe « morguer » signifie « regarder avec hauteur ». C’est au XVIIe siècle que le mot « morgue » désigne le nom de la salle où l’on entrepose les corps pour identification au moyen d’une exposition publique.


Publications


PDF L’institut médico-légal : renseignements aux familles


IML en images


La Morgue (SMAC)
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La Morgue (SMAC)
La Morgue (SMAC)
La Morgue (SMAC)
La morgue en 1830(SMAC)
La morgue en 1830 (SMAC)
La morgue en 1830 (SMAC)
La morgue en 1830 (SMAC)
Morgue salle des frigos & cercueils début XXième(SMAC)
Morgue salle des frigos & cercueils début XXième (SMAC)
cours d'autopsie non daté (SMAC)
Cours d'autopsie non daté (SMAC)
Façade de l'IML
Façade de l'IML
Entrée de l'IML
Entrée de l'IML
 Le jardin intérieur
Le jardin intérieur
La bibliothèque
La bibliothèque
L'amphithéâtre
L'amphithéâtre
Couloir face aux salles d'autopsies
Couloir face aux salles d'autopsies
 Salle d'autopsie
Salle d'autopsie
Salle de présentation
Salle de présentation
Escalier de l'IML
Escalier de l'IML