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La police technique et scientifique

Modifié le 06/12/2013

La police technique et scientifique (PTS) est le meilleur allié des enquêteurs de la police judiciaire. Rares sont les scènes de meurtres, de viols et de vols à main armée qui échappent au passage des redoutables experts de la PTS. Armés d'outils ultra-modernes, de leur expérience et de leur minutie, ils passent au crible objets, pièces, voitures ou autres à la recherche de précieux indices pouvant mener à l'identification des criminels.


empreintes

Les séries télévisées ont mis la police technique et scientifique (PTS) sur le devant de la scène mais au-delà du petit écran, qu’en est-il vraiment ? Jusqu’à quel point la fiction l’emporte-t-elle sur la réalité ? La science a-t-elle pris le pas sur les enquêtes traditionnelles ? Les criminels et autres délinquants, traqués grâce à des moyens toujours plus, ont-ils encore un avenir ? Les émissions du petit écran reflètent-elles vraiment le quotidien de ces experts  ?


C’est l’une d’entre eux, Cécile MORAL, commissaire de police, adjoint au chef du SRIJ (Service Régional de l'Identité Judiciaire), qui nous sert de guide et nous présente ce service de 180 fonctionnaires de tous grades assurant leurs missions 24h/24 et 365 jours par an.

Allo l’IJ ? On a besoin de vous

utilisateur

Quand entrez-vous en action ?

 
Commissaire M.
scene crime

Nous entrons en action sur sollicitation des services enquêteurs des différentes directions de police et principalement de la direction de la police judiciaire de Paris. Nous intervenons lors de la commission des infractions les plus graves (meurtre, viol, vol à main armée...) et lorsqu’il faut mettre en œuvre des compétences spécifiques : élaboration de plans, traitement des résidus de tir, recours au cyanoacrylate, assistance à autopsie, signalisation de cadavre...

Le bureau de commandement opérationnel du service centralise les demandes émanant de l’état-major de la police judiciaire et rédige, pour chaque sortie, une feuille de mission remise à l’équipe de permanence concernée. Ce document renseigne les éléments de base nécessaires à la prise en compte de la mission : nature et circonstances de l’affaire, adresse des faits, service enquêteur saisi, nom et coordonnées téléphoniques de l’OPJ (officier de police judiciaire ndlr).

Ces interventions se déroulent essentiellement en flagrant délit pour des faits qui viennent de se produire ou d’être découverts.

Nous sommes également saisis directement par des magistrats pour des expertises, des reconstitutions ou par les services enquêteurs pour des suites d’affaires (examens de scellés par exemple).

 

utilisateur

Comment se compose une équipe envoyée sur une scène d’infraction ?

 
Commissaire M.
materiel pts

Traditionnellement, l’équipe envoyée sur une scène de crime se compose de trois personnes : un photographe, un dessinateur chargé de relever les cotes qui permettront d’établir le plan des lieux et un dactylotechnicien spécialisé dans la recherche des traces et indices. Dans certains cas, cette équipe peut être renforcée. Sur les homicides ou les viols, par exemple, à l’équipe traditionnelle se joint une équipe dite de « techniques spéciales » utilisant des moyens comme le crime-lite capable de révéler des indices invisibles à l’œil nu ou le bluestar permettant de révéler des traces de sang effacées (traces latentes). Par ailleurs, sur une affaire avec multiplicité de lieux ou lorsque la scène d’infraction à examiner est très vaste, plusieurs équipes peuvent être engagées simultanément.

 

utilisateur

Quelles sont les précautions à prendre sur place ?

 
Commissaire M.
technicien pts

Arrivés sur les lieux, les techniciens de l’IJ doivent d’abord veiller à ne pas polluer la scène d’infraction (ce souci doit aussi imprégner le service enquêteur). Pour cela, les fonctionnaires intervenants s’équipent de combinaisons, de sur-chaussures, de charlottes et de masques. Après avoir discuté avec le service enquêteur et pris connaissance des éventuels premiers actes et des premiers intervenants, ils doivent fixer la scène de crime par des photos de sécurité avant d’y effectuer toute autre constatation technique.

 

L’IJ entre en scène

utilisateur

Quelles sont les investigations techniques et scientifiques réalisables sur une scène de crime ?

 
Commissaire M.
identificateurs

Les éléments exploitables sur une scène de crime peuvent être nombreux et de nature distincte, représentant chacun une trace ou un indice utile à l’enquête en cours.

Il y a tout d’abord les éléments visibles à l’œil nu. Il peut s’agir d’objets, d’éléments matériels (une bouteille, un couteau..). Ces éléments vont intéresser le technicien de scène de crime à plusieurs niveaux. D’abord pour une recherche de traces papillaires, digitales ou palmaires. Sur les lieux, cette recherche se fait par procédé physique avec l’utilisation de poudres dactyloscopiques. Un panel important de poudres existe, en fonction du support, de l’objet à traiter, de sa couleur, de sa nature. Il s’agit, historiquement, du travail de l’IJ le plus ancien et le plus connu du grand public.

Ces mêmes supports peuvent également faire l’objet d’une recherche de trace biologique que le technicien de l’IJ va effectuer à l’aide d’un écouvillonnage. Ces traces génétiques ou biologiques susceptibles d’appartenir aux auteurs peuvent être révélées sur des objets manipulés par ceux-ci ou sur des indices laissés sur place souvent à leur insu : traces de contact, fluides corporels (sang, sperme), éléments pileux, mégots, armes, douilles, etc…

Il y a également bien d’autres éléments susceptibles d’intéresser l’enquête, à l’instar des résidus de tir que nous recherchons par le moyen de tests par absorption atomique ou par tamponnoirs.

S’agissant des fibres, de terre, d’éléments de peintures, ceux-ci sont prélevés avec toutes les précautions nécessaires pour être immédiatement remis au service enquêteur aux fins d’envoi pour analyses vers un laboratoire compétent.

Un téléphone portable pourra lui aussi être saisi et analysé par la section des traces technologiques de l’identité judiciaire.

 

utilisateur
Tous les éléments précités sont visibles à l'oeil nu, de façon macroscopique, qu’en est-il des traces "invisibles" ? 
 
Commissaire M.
lavabo avec traces

Pour ces traces également qualifiées de latentes, il faut recourir à des techniques spéciales comme l’usage du Crime Scope qui permet la recherche de traces biologiques ou papillaires invisibles. Grâce à une multitude de sources luminescentes, le Crime Scope ou Crime-lite, sorte de lampe portative, permet de passer les lieux au peigne fin. La recherche de traces latentes de sang est réalisée grâce au Bluestar, par brumisation d’un spray appliqué sur les zones susceptibles d’avoir comporté du sang depuis lors effacé, dilué, lavé.

Depuis quelques années, l’odorologie est entrée en fonction, la trace odorante étant unique et individuelle à l’instar de la trace papillaire. Ainsi des odeurs corporelles peuvent être prélevées sur des vêtements, des assises de siège…

La mise en œuvre de l’odorologie se traduit par la pose de compresses stériles sur les objets visés afin d’ « enfermer » l’odeur avant de la prélever et de la conditionner en bocal.

Aujourd’hui, les techniques mises à la disposition de l’identité judiciaire sont nombreuses et en constante évolution. Cet essor permanent est dicté par le fameux principe de Locard, « principe de l’échange » qui affirme, en substance, que nul criminel ne peut quitter la scène de crime sans laisser derrière lui des traces et indices.

mains pts

Enfin, de nombreux indices seront ultérieurement transmis au service d’identité judicaire pour faire l’objet d’une exploitation dans nos laboratoires. Préservés depuis la scène de crime, placés sous scellés, ces indices subiront des examens physico-chimiques. Par exemple, un examen par fumigation de cyanoacrylate pour tout support non poreux (verre, arme), un examen au DFO ou à la ninhydrine pour tout support poreux (papiers, billets de banque), au Sticky Side pour des supports adhésifs (scotchs utilisés lors de séquestrations).

Une batterie d’analyses chimiques est donc possible pour la recherche de traces papillaires.

A noter que la plupart des techniques utilisées ne sont pas destructrices pour toute recherche ultérieure d’ADN.

Quant aux objets trop volumineux pour l’armoire à cyanoacrylate, ils sont traités, comme les véhicules automobiles, dans la cabine « cyano ». Cette cabine, unique en France, permet d’examiner en une seule fois, l’intégralité d’un véhicule (intérieur et extérieur) par fumigation de colle cyanoacrylate. Une fois déposée, celle-ci met en évidence les éventuelles traces digitales. 53 véhicules ont été examinés dans cette cabine au cours de l’année écoulée.

 

utilisateur
Quel est l’apport de l’IJ dans le domaine des techniques d’identifications subaquatiques (TIS) menées par la brigade fluviale notamment la particularité du milieu dans lequel les constatations sont réalisées et les précautions à prendre en cas de prélèvements ?
 
Commissaire M.
pieds immergés

La Seine représente un lieu courant de découvertes de cadavres. Qu’il s’agisse de crimes ou de noyades accidentelles ou suicidaires, ce type d’enquête souffre de plusieurs difficultés.

Tout d’abord le lieu de repêchage du corps ne constitue pas réellement une scène de crime, le lieu d’émersion du corps étant rarement son lieu d’immersion.

De ce fait, peu d’éléments vont être recueillis aux abords du cadavre.

Cependant, il est encore possible, malgré un séjour dans l’eau, d’effectuer des recherches de traces papillaires sur des objets pouvant avoir un lien avec l’enquête en cours. Ainsi, la SPR (suspension de microparticules) est utilisée dans ce type d’affaires. Cet examen, réalisé sur place ou dans nos laboratoires, est une technique qui permet la révélation de traces papillaires sur des supports mouillés ou qui ont été mouillés.

 

utilisateur

Ces compétences – très pointues – ne sont-elles utilisées que dans le cadre de la commission d’infractions ? 

 
Commissaire M.
tsunami

Absolument pas ! Le SRIJ de Paris s’investit activement au sein de l’unité nationale d’identification de victimes de catastrophe (UNIVC) composée de gendarmes (UGIVC) et de policiers (UPIVC). L’identification des victimes de catastrophe s'effectue à la fois par le recueil de renseignements « ante mortem » auprès des familles, des médecins, des dentistes, afin de recenser les signes particuliers des disparus (tatouages, cicatrices, prothèses, bijoux, etc…) mais aussi par l’examen des corps « post mortem ».

Les données « ante mortem » et « post mortem » sont ensuite comparées entre elles pour permettre l’identification.

Environ une vingtaine de fonctionnaires ont été formés en « ante » et en « post mortem » depuis la création de l’UPIVC le 24 mars 1999 lors de l’incendie du tunnel du Mont Blanc.

Ces fonctionnaires ont participé depuis cette date à sept missions d’identification de victimes de catastrophe hors du territoire national :

  • catastrophe aérienne de Charm el Cheik (Egypte) le 3 janvier 2004
  • tsunami en Asie du sud-est (Phuket-Thaïlande) le 26 décembre 2004
  • catastrophe aérienne de Maracaïbo (Venezuela) le 16 août 2005
  • accident d’hélicoptère à Lomé (Togo) le 17 juin 2007
  • catastrophe aérienne du vol AF 447 Rio-Paris à Recife (Brésil), le 1er juin 2009
  • catastrophe aérienne de Moroni (Comores) le 30 juin 2009
  • tremblement de terre à Port-au-Prince (Haïti) le 17 janvier 2010 
globe

Enfin, le professionnalisme des techniciens du SRIJ se manifeste dans de multiples missions dans le monde. Ainsi, au cours de l’année écoulée, des spécialistes du SRIJ de Paris ont assuré cinq missions de formation à la gestion d’une scène d’infraction à Abou Dhabi (Emirats Arabes Unis), Nouakchott (Mauritanie), Antananarivo (Madagascar), Brasilia (Brésil) et Caracas (Venezuela). Ils ont aussi collaboré avec la brigade criminelle de la direction de la police judiciaire dans le cadre d’une commission rogatoire internationale à Agadir (Maroc).

 

L’IJ fait parler les indices

utilisateur

Combien de temps faut-il aux indices relevés pour parler ? 

 
Commissaire M.
reveil

Les indices relevés sur les lieux sont de natures différentes. De ce fait, chaque catégorie de trace nécessite plus ou moins d’investigations et de temps pour « parler ». Les indices ayant fait l’objet d’une recherche à la poudre dactyloscopique sur la scène de crime livrent les premiers résultats quasiment en temps réel : révélation de traces, caractères exploitables de la trace, comparaisons dactylotechniques, tout cela peut se faire dans les heures qui suivent l’intervention sur les lieux. S’agissant des prélèvements réalisés par écouvillonnage aux fins de recherche de trace biologique, ces derniers nécessitent un délai plus long. Ces prélèvements sont remis au service enquêteur sur place et à partir de là, ne concernent plus l’identité judicaire. Ils sont entre les mains de l’OPJ (officier de police judiciaire ndlr), à charge pour lui de les transmettre aux laboratoires concernés pour exploitation. Il en est de même des éléments prélevés grâce au Crime Scope - sources luminescentes - ou au Bluestar - révélateur chimique - conditionnés par nos soins mais remis immédiatement au service enquêteur.

 

utilisateur

La finalité de toutes ces analyses est d’identifier l’auteur d’une infraction, d’avoir des preuves pour l’incriminer ou au contraire pour exclure son implication. Mais pour cela, encore faut-il avoir une base sur laquelle s’appuyer et qui permette de procéder à des comparaisons. De quel(s) outil(s) disposez-vous à cette fin ?  

 
Commissaire M.
ecran FAED

De fichiers, le principal étant le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Opérationnel depuis mai 1994, c’est un fichier national qui regroupe les signalisations et les traces papillaires relevées par la police et la gendarmerie nationale. La première version, dite 3.0, a été remplacée en octobre 1999 par la version XL 3.1 plus ergonomique et plus performante du point de vue des algorithmes de recherche. Dès 2004, 10 terminaux de signalisation ont été installés dans quelques villes pilotes de France, dont Paris et Bobigny (93), suivis à partir de 2006 par des vagues successives de déploiement de ces outils (96 terminaux sont installés à ce jour dans les différents services de police de Paris et de la petite couronne). Enfin en janvier 2010 la version Métamorpho du FAED, encore plus performante, a remplacé le vieux XL et rend depuis lors possible l’adjonction des empreintes et traces palmaires ainsi que les photos signalétiques.

Le FAED représente donc, avec l’informatisation des empreintes de près de 4 millions d’individus et d’environ 200 000 traces à identifier, une base de données extrêmement riche pour les policiers et une aide précieuse pour la résolution des enquêtes.

Il est exclusivement à la disposition des services de police et de gendarmerie.

Pour les analyses génétiques, le service enquêteur adresse les prélèvements effectués sur les scènes de crime en fonction de leur nature au laboratoire compétent. À charge pour ce dernier de les traiter, d’en retirer éventuellement un profil génétique qui sera transmis pour exploitation au fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) à Ecully (69).

 

utilisateur

Les séries télévisées, tout comme les films parfois, peuvent laisser penser que la police technique et scientifique n’a plus de limites, qu’il y a toujours quelque chose à analyser et donc qu’aucun criminel ne peut désormais passer au travers des mailles du filet de la PTS. Est-ce vraiment le reflet de la réalité ?

 
Commissaire M.
filet

La police technique bénéficie sans cesse des avancées scientifiques et des prouesses technologiques. Les limites imposées sont donc fonction des progrès réalisés dans ces domaines. Aux moyens déjà performants et probants mis à disposition des techniciens de scène de crime aujourd’hui, s’ajouteront demain d’autres techniques.

Si tant les victimes potentielles que les criminels sont au fait de nos méthodes par le biais des séries télévisées et des reportages, nous recherchons constamment de nouvelles techniques à mettre en œuvre sur les scènes de crime aux fins d’aider le service enquêteur dans la résolution des faits. Et fort heureusement, la police technique et scientifique bénéficie d’un temps d’avance sur la médiatisation de ses moyens, ce qui nous permet d’agir et d’obtenir des résultats.

Par ailleurs, il existe des scènes de crime pour lesquelles le travail de la PTS est mis à rude épreuve, à l’instar des scènes totalement incendiées, dévastées par l’eau ou le feu. Idem pour les scènes de crime secondaires, c'est-à-dire lieu de dépôt du cadavre loin du lieu du meurtre qui lui constitue la scène de crime primaire où les éléments liés aux faits sont nombreux.
Tous ces cas réduisent largement les chances du technicien de scène de crime de mener à bien ses investigations.

En tout état de cause, l’identité judiciaire agit comme conseiller technique, et ne saurait remplacer ou supplanter le travail effectué en parallèle par les groupes d’enquête. La valeur probante des résultats obtenus par la PTS reste à l’appréciation des juges d’instruction et des juridictions de jugement.

Cependant, force est de constater que l’aveu, reine des preuves jusqu’à peu, ne constitue plus le fondement unique de toute culpabilité et que les éléments scientifiques sont largement pris en considération et sont très attendus par les policiers et les magistrats.

A l’heure où l’individualité des traces (papillaires, génétiques ou odorantes) ne fait plus débat, et en sachant que nul ne peut quitter une scène de crime sans laisser de traces de son passage, l’enquête scientifique s’inscrit comme acteur essentiel aux côtés de l’enquête policière traditionnelle.