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Des murs qui parlent

Modifié le 12/12/2016

Une singulière gravure lapidaire, représentant un niveau surmonté d’un bonnet phrygien, est gravée dans la pierre d’un des piliers de la porte donnant accès au palais de Justice de Paris, depuis l’escalier central du 36, quai des Orfèvres. Si discrètement, que beaucoup en ignorent l’existence. Son origine est difficile à déterminer. Taillé dans une aile qui dépendait jadis probablement du Palais de Justice (dont on sait qu’il fut le siège du Tribunal révolutionnaire d’avril 1793 à mai 1795), ce symbole connu incarne des valeurs fondamentales en lien étroit avec les principes de la République. Le fait qu’il soit resté intact, c'est-à-dire préservé, pourrait signifier, précisément, que ces valeurs ont sans doute été partagées, défendues - et le sont encore - par un certain nombre de ceux qui exercent en ces lieux.

murs qui parlent  

Bonnet phrygien surmontant un symbole, peut-être maçonnique, gravé sur le pilier d’une porte séparant le Palais de Justice de l’escalier central du 36, quai des Orfèvres.
Probablement postérieur à la construction de l’édifice, cet élément est non daté (ndlr).


Chacun sait que, dans le cœur même du centre de Paris, la vie ne s’arrête jamais ; alors que s’enchevêtrent vies privées et professionnelles, que les expériences se patinent de bons ou de mauvais moments, la grande majorité de ceux qui travaillent dans ces murs a conscience de vivre un privilège rare, en rapport étroit avec une partie visible de la fameuse « réalité sociale » qu’elle touche du doigt ; pour beaucoup, la morale, la logique et le Droit sont devenus, par la nature de leurs métiers, des règles de conduite.


Aujourd’hui, voilà donc venu le moment où ces signes nous parlent. Ils témoignent de certains choix de vie, et surtout de leur transmission. La mémoire des pierres trouve un écho fidèle dans celle des hommes : Au 36 Quai des Orfèvres comme à la caserne de la Cité, siège de la préfecture de Police, les bâtiments ont été le cadre de nombreux événements dont certains font, depuis, partie de l’histoire collective. Dans les cours de ces deux sites sont encore fréquemment organisées, sous le drapeau tricolore, des cérémonies commémoratives, protocolaires, d’hommages, qui soutiennent la mémoire et condamnent l’oubli. Ce fil d’Ariane, qui relie le présent au passé, se tisse avec des liens forts.


Le «36» est à la veille d’un déménagement historique aux Batignolles, dans un bâtiment moderne qui regroupera les services non territoriaux de la police judiciaire parisienne, actuellement répartis sur quatre sites. Les grands voyageurs savent que les bagages les plus lourds ne sont pas ceux que l’on croit : certains, moins visibles, ont acquis avec le temps un poids immense. C’est ce même fil d’Ariane qui, consciencieusement pensé, permettra de transmettre la mémoire dans un nouveau site, vierge cette fois de tout signe sur la pierre, sans que personne, jamais, n’y perde une partie de son être.


Pascal  REIGNIEZ, ancien du « 36 »