Vincent, BSPP

Modifié le 16/04/2015

Vincent

36 ans, sous-officier de réserve à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris ( BSPP ), en situation de handicap.

« Ce que je retiens de la suite de l’accident : c’est une belle aventure »


Homme pompier feu

Une force de caractère à toute épreuve, c’est ce qui frappe chez Vincent lorsqu’on le rencontre. « Je reviens de très très loin » , reconnaît-il. Sans se complaire dans un certain pathos, Vincent constate que son accident de moto à l’âge de 23 ans l’a totalement transformé : « Je ne serais pas la personne que je suis si je n’avais pas eu cet accident et je n’aurais sans doute pas cette ouverture d’esprit »  . Ce pompier de Paris de père en fils  se souvient de ce jour d’avril 2001 où, à quelques mètres de sa caserne, il perdit le contrôle de son véhicule, glissa et fut heureusement rapidement secouru par ses collègues. Après huit arrêts cardiaques ( « j’ai été mort sur le lieu de mon accident » ), onze jours de coma, trois semaines de réveil progressif et deux ans d’hospitalisation, ce battant enchaîne les séances de kiné pour se réapproprier les gestes simples du quotidien. Dix ans d’efforts constants et une bonne dose d’énergie déployée pour parvenir à passer de tétraplégique complet à « assimilé tétraplégique »  . « Aujourd’hui, le handicap c’est juste une manière de me déplacer » , souligne-t-il.


Pompier police secours

Son fauteuil roulant, il le mène où il veut et surtout vers les deux points d’attache qu’il garde toujours en vue : la brigade de sapeurs-pompiers de Paris et le sport . « Ce qui manquait à ma vie après l’accident, c’était de pouvoir remettre ma tenue : le seul handicap que j’avais alors était de ne plus être militaire » .


Heureusement, son engagement constant le ramène auprès de ses collègues en mars 2013 où, réserviste, il se voit chargé de la mission d’expertise au handicap, une première en France au sein d’un corps de pompiers . Une opportunité qu’il résume simplement : « La réserve, c’est le poumon qu’on m’a retiré et qu’on m’a redonné pour mieux respirer » . Son expertise est notamment mise au service des opérateurs téléphoniques du centre de traitement d’appels 18/112 car, comme il l’explique, « le fait d’être moi-même en situation de handicap, me permet de faire poser les bonnes questions tout de suite » .


La mission expertise handicap pompiers : une première en France


Pompier salle police secours

Trouver des solutions sur les moyens engagés pour donner accès aux soins d’urgence aux personnes handicapées, contacter les partenaires pouvant y contribuer, soutenir le bureau médical d’urgence de la brigade, donner un côté opérationnel à la formation et à l’information sur le handicap, des missions qu’il qualifie de « passionnantes »  et qu’il s’approprie avec détermination en lien avec les services de la BSPP :  « Tout ce que l’on fait est novateur et riche d’enseignement pour l’opérationnel »  .


Avec l’un de ses collègues du bureau des conditions personnelles, il vient de réaliser un livret de référence au niveau France, sur le secours aux personnes en situation de handicap. L’objectif est d’offrir un outil simple pour expliquer, aux sapeurs-pompiers de Paris, l’abord, l’évacuation, l’assistance voire le conseil aux personnes en situation de handicap, lors d’une intervention de secours.


Pompier police sport

Sportif depuis toujours, Vincent est également devenu, depuis son accident, un compétiteur et un athlète au cercle sportif de l’institution nationale des Invalides. « Le sport, c’est le meilleur des modes de rééducation qui amène à l’autonomie »  . Son autre mission au sein de la BSPP : la représenter dans le cadre d’événements sportifs. Athlète de haut niveau, il détient aujourd’hui le record de France handisport de lancer de disque, le titre de vice-champion d’Europe militaire au lancer de poids et le titre de champion de France civil 2014 de lancer de disque . Pour lui, « porter le maillot France, c’est une surmotivation, c’est une très grosse fierté »  . Il continue même dans sa lignée en s’adonnant depuis peu au tir à l’arc… pour se préparer au championnat du monde militaire handisport en 2015 !


En attendant, il s’apprête à relever un autre défi en participant à la marche internationale de Nimègue aux Pays-Bas soit cent soixante-sept kilomètres en quatre jours. Guidé par l’esprit de cohésion, ce meneur a réussi à convaincre des collègues valides de l’accompagner dans ce projet qu’il prépare déjà, à la recherche de sponsors, notamment pour s’équiper d’un fauteuil adapté à cette pratique. « Réussir cette marche sera l’occasion de donner une vitrine médiatique à toutes ces institutions, auxquelles je dois la vie » , tient-il à préciser. S’investir et œuvrer pour le handicap (comme via la création prochaine de la maison des combattants à Clichy), c’est ainsi que Vincent conçoit la suite : « Nous, on a eu la chance d’en revenir, il faut donner un sens à tout ça, c’est ainsi que je le vois ». Guidé par cette volonté de servir,  il garde un regard positif sur une situation qu’il ne veut pas assombrir, bien au contraire : « Il faut mettre du joli et de la couleur dans tout cela ! »  . Malgré les épreuves, il sait même rester philosophe, qualifiant la suite de son accident de « belle aventure »  , avec toujours une seule devise en tête : « Sauver ou périr » *  .


* Devise de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris



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